Une histoire belge

Publié le par Brath-z

Mes amis Belges savent que je blague souvent à propos du "pays imaginaire de 1830". En effet, j'ai souvent du mal à croire à l'existence d'une "identité belge". Bien entendu, les amis en question (tous Wallons) m'écharpent gentiment et me disent que si, la Belgique ça existe, ça a une identité culturelle, une unité politique réelle, et le séparatisme flamand est un phénomène certes inquiétant mais transitoire. De moins en moins transitoire, à vrai dire.

Et puis le parti Wallonnie-France progresse petitement. C'est pas paname, mais bon, 2%, personne n'y croyait encore il y a une décennie.

 

Et puis, là, il y a eu la percée phénoménale des indépendantistes flamands. Certes, le Vlaams-Belang a fait un score moindre, mais la Nieuw-Vlaamse Alliantie, plus modérée, est arrivée en tête. Additionnés, les scores des deux formations frôlent les 40% en Flandre. Un score digne des grandes heures du mouvement souverainiste québequois. Du coup se repose avec accuité la possibilité d'une partition de la Belgique.

Car si les sécessionistes flamands réussissent leur projet, le respect de la souveraineté des peuples contraindra les Wallons, qu'ils le veulent ou non, à cette partition. Dès lors, leur situation serait des plus précaire.

 

J'ai souvent lu que la partition de l'Allemagne pendant la Guerre Froide avait fait de cette grande puissance de la Mitteleuropa deux nains politiques. De même, en se séparant en Républiques Tchèque et Slovaque de la Tchéquoslovaquie a fait perdre à cette ancienne puissance régionale toute influence. Sans même parler du démantelement de la Yougoslavie, qui a donné jour à un aréopage de petits pays sans puissance notable.

On disait de même de l'Autriche que, condamnée paradoxalement à rester indépendante de l'Allemagne par l'Anschluss, et ne pouvant plus être unie à la Hongrie, elle avait perdu toutes chances d'être autre chose qu'une puissance régionale de second ordre.

Quelle serait dès lors le sort d'une Wallonie indépendante malgré elle, sachant que la Belgique est déjà une puissance d'importance réduite (sauf Bruxelles ; c'est d'ailleurs un sujet de contentieux) ? Si la RFA était un "nain politique", la Wallonie indépendante serait un liliputien !

 

Du coup, en France, des responsables politiques* estiment que notre devoir serait, dans ce cas de figure, de tendre la main vers nos frères Wallons. Le tout étant qu'ils la saisissent. Ce serait profitable pour eux, c'est sûr, par rapport à l'indépendance contrainte. Et pour nous, évidemment : non seulement la France se rapprocherait d'Anvers, non seulement elle aurait sur son territoire deux des trois capitales européennes, mais aussi et surtout, elle disposerait des meilleures bières d'Europe** !

 

L'éssentiel étant, bien évidemment, de contrer d'une manière ou d'une autre l'explosion des nations européennes en "länder", petites régions sans aucune puissance.

 

 

 

 

* : Nicolas Dupont-Aignan, Jean-Pierre Chevènement, et puis aussi Jean-Luc Mélenchon il y a quelques temps et aujourd'hui

** : Je ne veux pas me fâcher avec les Allemands et les Irlandais, mais soyons un peu sérieux tout de même.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Publié dans Géopolitique

Commenter cet article

Adrien 17/06/2010 12:56


C'est certain que la nation française est assez unique, mais l'effort qui a été réalisé pour franciser les provinces a quand même permis je le pense d'éviter pas mal de soucis. Enfin je m'incline
puisque vous faites toujours preuve d'une rigueur historique et intellectuelle remarquable.
les Flandres comme disent les bons historiens ont souvent joué un rôle déterminant en Europe, dans les conflits, dans les évolutions économiques... c'est assez frappant, aussi on en peut qu'être
troublé du désintérêt et de la méconnaissance en France du problème Belge.
Par contre pour le modèle latin, si on considère qu'un peuple se définit par sa langue alors on peut considérer que la France est d'abord un pays latin. L'opposition en Europe entre ne conception
germanique basé sur la terre, le sang, l'ordre et une conception latin d'avantage tournée vers l'universelle, le savoir, le gout de la chose publique... me parait déterminante.
Enfin ce n'est que mon avis. Je suis en tout cas sidéré par l'étendue de vos connaissances historiques.


Adrien 16/06/2010 22:12


Bonsoir
En tout cas cette histoire aura quelques petites conséquences en Europe. Déjà elle est symbolique de cette bêtise qui est d'associer le modèle allemand et le modèle latin. Comme la Belgique est un
composé d'un peuple latin et d'un peuple plus germanique et que ça ne marche pas, j'espère que l'explosion probable de la Belgique entera définitivement tout forme de rêve fédéraliste.
Et puis j'espère que ça nous invitera aussi à ne pas aller trop loin dans la décentralisation. La France est un des seuls pays européens qui n'a pas de problèmes (ou peu) séparatistes parce qu'elle
n'a jamais voulu trop lâcher sur la centralisation et sur les cultures minoritaires.
Il n'y que les états nations qui fonctionnent correctement, les états multinationales ne durent pas.
Enfin dire ça, c'est de la paresse intellectuelle, j'enfonce des portes ouvertes.


Brath-z 17/06/2010 12:37



Concernant la France, il ne faut pas oublier qu'il s'agit de la nation la plus ancienne d'Europe (construction commencée en 987, scène fondatrice légendaire en 496) et qu'elle n'a eu
qu'exceptionellement à subir des pertes de territoires. Ne pas oublier que la plupart des nations d'Europe n'existent que depuis deux siècles (exceptions notables : le Royaume-Uni qui n'est pas
vraiment une nation contrairement à l'Angleterre ou l'Écosse, l'Espagne qui n'a jamais été unifiée, la Pologne qui n'a existé que par moments depuis le XVIème siècle, l'Autriche qui a perdu
l'éssentiel de ses territoires) et que, par conscéquent, leur unité est plus fragile, à fortiori lorsqu'elles sont des constructions pures et simples comme la Belgique.


A propos de la Belgique, il ne faut pas oublier non plus que, sauf pendant la Révolution française, la Wallonnie n'a jamais été française, contrairement aux Flandres qui ont été françaises
pendant des siècles. L'histoire a parfois de ces ironies...


Concernant le "modèle latin", il me semble que la France ne correspond pas tout à fait à ses critères. Là comme ailleurs, sa position exceptionnelle (à la fois maritime, continentale et
océanique*) a engendré un modèle qui est proche des modèles de tous ses voisins à la fois (aussi bien l'Allemagne que l'Espagne ou le Royaume-Uni, respectivement continentale, maritime et
océanique).


 


* : Par "océanique", j'entend la tendance observée de l'Angleterre puis du Royaume-Uni à la mondialisation par l'intermédiaire de la circulation sur l'océan, domaine où, sauf pendant la formation
du premier empire colonial européen, seule la France était sa rivale.