Trahisons et connivences

Publié le par Brath-z

Je l'avoue, je ne me tiens pas aussi bien informé de l'actualité politique que je le devrais, pour tout un tas de raisons. Aussi, c'est avec un délai de quelques jours que je suis informé du "clash" (comme on dit) Dupont-Aignan/Montchamp.

Résumé pour ceux qui n'ont pas suivi : Mme Marie-Anne Montchamp, qui était la porte-parole de République Solidaire, le mouvement pro-Villepin (je préfère cette appellation à "villepiniste" qui laisse croire à une orientation politique précise et distincte de la ligne UMP), a intégré le gouvernement, ce qui a fait bondir Nicolas Dupont-Aignan, candidat officiel à la présidence de la République (je lui souhaite un bon score, même s'il est probable que je voterai pas pour lui, sauf situation catastrophique dans la gauche sociale), qui lors de l'émission Les Grosses Têtes (connue pour son bon goût à toute épreuve et la finesse de ses analyses) a qualifié "tout ça" (c'est-à-dire l'intégration au gouvernement de personnes a priori éloignées du "camp" sarkozyste) de "prostitution politique", le premier mot ayant choqué Mme Montchamp.

 

Bon, une bisbille comme il y en a dix par mois depuis dix ans. Mais ça m'intéresse.

 

Pas simplement parce que j'aime bien qu'en politique on sorte des sentiers battus du langage convenable. Pas simplement parce que cette n-ième polémique verbeuse met en jeu un personnage que j'apprécie et estime (NDA, pas Mme Montchamp), mais parce qu'elle marque le premier exemple (à mon avis, mais j'ai peut-être manqué une episode*) de dénonciation des "ouvertures" façon Sarkozy.

Je m'explique : lorsqu'à peine élu le gouvernement a intégré des personnes estampillées "à gauche" (même si... bref) comme MM. Kouchner ou Bockel, l'explication officielle de ces personnages a été : "nous y allons par amour pour la Patrie, parce que nous pouvons travailler pour la France indépendamment de nos étiquettes". Et dans la plupart des médias, ceux qui n'abondaient pas dans leur sens estimaient que c'était là un coup finement joué, et personne (pas même moi) ne s'offusquait de cette justification de la compromission. C'était abnégation ou coup politique, mais certainement pas opportunisme ni "gammelle", ce n'était pas déshonnorant, et j'ai même lu (sur le site du Figaro, je crois) un parallèle avec de Gaulle, qui lui aussi savait s'entourer, lorsque les circonstances l'exigeaient, de personnes "de gauche", voire estampillées "socialistes".

Aujourd'hui, enfin, on dénonce ce système de l'association de la carpe et du lapin pour ce qu'il est : une fumisterie déshonnorante. Déshonneur pour les individus qui cèdent ; déshonneur aussi pour la France dont le gouvernement devient agrégas d'opportunistes sans principes.

 

Vous me direz : des opportunistes, de l'ouverture, il y en a depuis les débuts de la Vème République.

Vous n'aurrez pas tort. Mais il y a des différences.

D'abord, sous de Gaulle : on sortait d'un régime de coallitions, l'adhésion se faisait sur la personne du général, qui donnait la direction générale de la politique de la Nation et confiait la gestion des affaires aux personnes qu'il estimait les plus capables. Le clientelisme était évidemment très présent, de même que les collusions incestueuses entre politique et milieux financiers et industriels. Mais dans l'ensemble, on avait des hommes d'état, comme on dit. Des gens attachés à la personne de de Gaulle, voire simplement à la France, qui étaient près à mouiller la chemise pour faire aller le pays dans la direction indiquée, nonobstant leurs propres réserves.

Sous ses successeurs Pompidou et Giscard d'Estaing : on a grosso-modo la même orientation, avec un recentrement sur la droite toutefois, et un clientelisme encore accru (et pourtant, Dieu sait qu'il était déjà important sous de Gaulle...).

Sous Mitterrand : comme exposé dans cette note, l'ouverture de Mitterrand était nécéssaire pour gouverner avec une majorité fluctuante mais assurée et stable et elle s'est traduite par des compromis dans la politique menée (et quels compromis ! mais c'est une autre affaire...), et si la part était belle aux opportunistes de tous poils, au moins contribuaient-ils à faire exister une ligne gouvernementale qui, sans cela, n'eut pas même existé dans le paysage politique français.

Sous Chirac : malgré l'élection phare de 2002 (je passe sous silence son premier mandat, marqué par la plus grande cohabitation qu'on ai connu jusqu'à ce jour), l'homme politique préféré des Français n'a pas étendu son gouvernement au-delà de l'UDF. C'était déjà suffisant pour avoir une "ouverture" à sa manière, avec cohabitation pèle-mêle de dirigistes et libéraux, autoritaires et libertaires, etc. Mais en gros, la politique menée avait une ligne à laquelle chacun était astreint, et ceux qui ne se pliaient pas à la discipline gouvernementale devaient fermer leur gueule ou démissionner (ah ! ce bon mot de Jean-Pierre Chevènement, on ne s'en lasse pas). Au moins, la ligne était claire : je mène une politique libérale-démocrate mâtinée de social-démocratisme (?) droit au centre, mais seulement avec les gens de mon camp.

 

Tandis que là, plus rien n'est clair. La ligne gouvernementale n'est même pas tirée à hue et à dia, elle est inexistante ! Dans ces conditions, intégrer le gouvernement, c'est chercher une place. C'est tout. Aucun engagement, aucune conviction qui puisse tenir face au vide intersidéral.

 

Trahir pour ça, c'est vraiment aller à la soupe.

 

* : Le féminin du nom commun "épisode" est attesté depuis le XVIIIème siècle. C'était juste pour faire mon snob.

 

 

 

 

 

 

 

Publié dans Mon opinion

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