L'unité nationale comme ciment de la politique

Publié le par Brath-z

Après quelques notes un peu techniques dans lesquelles j'ai brièvement exposé une théorie de la géographie politique française (et qui seront complétées en temps utile), après les deux premières notes d'une série en gestation sur les présidents de la République, après quelques notes d'analyse en direct de quelques épiphénomènes typiquement politiciens, je m'aperçois que je n'ai donné mon avis que dans peu de notes, et que je n'ai jamais exposé ici mes propres idées politiques (à l'exception d'une ébauche dans la note que j'ai consacrée à Jean-Luc Mélenchon).

C'est ce que je vais faire dans cette note qui inaugure la catégorie "mon opinion" de ce blog.

Premier élément de mon opinion : la nation

Je suis, je l'ai mentionné, un nationaliste. Mais qu'est-ce que la nation ? Si le débat fait rage actuellement à propos de l'identité nationale, j'ai pu noter qu'on omettait bien souvent de préciser ce qui semble pourtant évident : suivant la culture, suivant l'histoire, suivant le pays, la conception même de la nation change. On n'a pas les mêmes idées, les mêmes principes, suivant qu'on est un nationaliste allemand, anglais, irlandais, égyptien, arabe, occidental, chinois, song, etc.
Pour ma part, je suis un nationaliste français. En d'autres termes, j'adhère à l'idée française de la nation.
J'ai employé ici un verbe, "adhérer", et ce n'était pas par hasard. Autant on "aime" sa patrie, cette incarnation maternelle et matriarcale d'un pays (ne dit-on pas "mère patrie" ?), autant on "adhère à" sa nation, ce projet en perpétuelle construction qui incarne le peuple. Nul patriotisme chez moi. Je fais partie de ces gens qui n' "aiment" pas la France. Mais qui respectent des valeurs, une histoire, des traditions, sans que cela ne soit traduit par une quelconque sentimentalité.

En somme, j'adhère à un projet fondé sur des valeurs et porté par un peuple qui constitue un état. A ce projet, on a donné autrefois le nom de "nation", substituant une notion universaliste, unitaire et inclusive à une notion particulière, séparatiste et exclusive (comme en témoignent les débats à l'Assemblée Nationale Constituante entre 1791 et 1793 sur, notamment, la "nation juive", concept pourfendu par Maximilien de Robespierre qui lui opposait celui de "nation française", qui coïncide dans l'espace physique avec la "patrie France" avant de coïncider avec les institutions de l'état).

Au jour où l'économie est mondialisée, où les spécificités culturelles s'effacent devant la culture mondiale uniformisée, où la culture de la différence est paradoxalement érigée en dogme (c'est que dans la "culture de la différence", la "différence" est fondée sur une appartenance imaginaire à une communauté réduite au sang, à la religion, ou que sais-je encore), où les valeurs morales sont sensément "universelles" mais pas "universalistes" (c'est-à-dire qu'on a substitué à la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen, texte fondateur français qui avait vocation à inspirer les autres, la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme, qui a vocation à imposer un cadre juridique au monde entier), s'afficher nationaliste, c'est s'attirer l'opprobre publique, c'est au mieux être qualifié de "nostalgique", au pire de "fasciste" (concepts qui n'ont rien à voir : on peut être fasciste et nationaliste, fasciste sans être nationaliste, nationaliste sans être fasciste, ni l'un ni l'autre). C'est, dit-on, refuser de voir le monde tel qu'il est devenu, c'est être fondamentalement réactionnaire.

Si je ne nie pas qu'on puisse être réactionnaire et nationaliste (le "nationalisme intégral" d'un Charles Maurras en est l'exemple typique, et pourtant son origine idéologique provient du socialisme pré-scientifique de Proudhon), je maintiens, moi, qu'on peut être progressiste et nationaliste. Mais qu'en revanche, on ne peut être conservateur et nationaliste. (j'entends les mots "progressiste", "conservateur" et "réactionnaire" comme purement géographiques et nullement liés aux idéologies du "progrès humain", du "conservatisme" ou de la "réaction" - toutes idéologies aujourd'hui réactionnaires, sans voir dans ce mot l'aspect négatif usuellement associé)
Pourquoi ne peut-on être conservateur et nationaliste ? Parce que la dynamique actuellement suivie par notre monde politique (un marxiste dirait, je pense, la "dérive idéologique présente") est fondamentalement étrangère à l'universalisme national (j'ajouterai bien "républicain", n'eut été le Second Empire, universaliste mais pas républicain) et, partant, à l'intérêt du peuple (dit aussi "bien commun" chez les rousseautistes) que nos classes dirigeantes sont pourtant censées défendre. En atteste la soumission de l'ordre politique à l'économisme (dont on ne peut plus dire qu'il soit bourgeois, la bourgeoisie étant de plus en plus elle-même rejetée dans le camp des classes dominées, évincée qu'elle est par la "surclasse transnationale" chère à M. Attali) qui entraîne délocalisations, financiarisation, privatisation de services publiques (et donc disparition des dits services), politiques préférentielles à l'égard des investissement spéculatifs, manque de soutien à l'économie nationale, etc.

Ainsi il semblerait que certains positionnements réactionnaires (gaullisme, républicanisme rationaliste, radicalisme, bonapartisme jéromiste, libéralisme protectionniste, ...) et progressistes (socialisme national, nationalisme révolutionnaire, proudhonisme, communisme stalinien, national-fascisme*, ...) peuvent s'entendre, malgré toutes leurs dissensions internes, sur le point du rétablissement, dans sa souveraineté et dans son intérêt, du peuple, autrement dit sur la conception française du nationalisme. Perspective qui, outre l'intérêt immédiat de pouvoir fonder un "front républicain" qui irait du Front de Gauche (s'il ne cède pas au cosmopolitisme politique - antihumaniste, au contraire du cosmopolitisme du droit - prôné par certaines tendances souvent issues du trotskisme qui galvaudent au passage le terme d' "internationalisme" - national s'il est politique, antihumaniste s'il est juridique) au Front National (s'il ne cède pas aux lunes de l'ethnicisme et de l'occidentalisme prôné aussi bien par certaines de ses composantes fondatrices du genre "Occident" que par les partisans d'un rapprochement avec le Bloc Identitaire), permettrait - comme en son temps le CNR - de poser les bases communes d'une société œuvrant dans l'intérêt de son peuple, les inévitables dissensions se traduisant par le régime adopté (je suis pro-république, mais il ne faut pas oublier que certains positionnements idéologiques nationalistes ne sont pas républicains) puis par les clivages adoptés. Une adoption précaire, comme toute construction politique, mais qui éviterait l'écueil de cultiver en son sein les ferments de sa propre disparition.

En résumé, l'alliance circonstancielle et inconditionnel des mouvements, qu'ils soient progressistes ou réactionnaires, qui adhèrent à la nation française afin de fonder un ordre politique dont l'unité nationale serait le ciment.

 

* : Pour comprendre pourquoi je classe le national-fascisme dans les idéologies progressistes, je répondrai comme dans cette note que la variété des progressismes est indépendante de tout jugement moral et j'ajouterai que la France n'a jamais - au contraire de l'Italie - connu de régime national-fasciste, tout comme elle n'en a jamais connu de communiste, et que, bien evidemment, un éventuel national-fascisme français serait bien différent de l'italien, donc serait un régime inedit.

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