En dehors de l'affaire Zemmour, le véritable scandale de l'émission Salut Les Terriens du 6 mars 2010

Publié le par Brath-z

Je n'ai pas la télévision. N'étant ordinairement pas pourvu d'une connexion à Internet, il m'est difficile à réagir en temps et en heure aux scandales et événements en temps réel.

Je profite du retour dans la Brie de mon enfance à l'occasion de l'accomplissement ce dimanche de mon devoir citoyen (le vote au premier tour des élections régionales, où je compte bien voter pour la liste du Front de Gauche) pour me mettre au courant des divers agitements des derniers jours. Parmi lesquels, l'affaire Zemmour. J'ai donc trouvé moult vidéos en ligne dans lesquelles nous voyons Eric Zemmour dire "la plupart des trafiquants sont Noirs et Arabes, c'est un fait". Bon, c'est peut-être là un fait, le fait est que les statistiques ethniques n'existent pas en France, aussi est-ce difficile d'infirmer ou de confirmer un tel propos. Par contre, c'est là en effet le ressenti d'une bonne partie de la population (je dirais bien "l'immense majorité", mais enfin, il n'y a pas encore eu de sondage sur ce sujet-là...).
Cette "sortie" est de peu d'importance. Les associations anti-racistes de pacotille ont fait leur boulot (à savoir entretenir le racisme de manière dialectique, par une réthorique agressive et un systémisme à géométrie variable). Eric Zemmour s'est fait copieusement insulté dans à peu près toutes les émissions où il a été (ou non) invité, comme il sied dans une démocratie.

Mais je note qu'on a peu réagi, sauf pour l'ensenser, sur le propos tenu par l'une de ses contradictrice, Rokhaya Diallo (fort plaisante à regarder, au passage). Pourtant il me semble infiniment plus scandaleux que toutes les rodomontades de M. Zemmour et consort sur la répartition "ethnique" de la délinquance (notons tout de même qu'une fois de plus la logique a été mise à mal : "la plupart des trafiquants sont noirs ou arabes" s'est vu transposé en "la plupart des noirs et des arabes sont trafiquants", mais c'est là une constante dans le langage politico-médiatique).
En effet, Mlle Diallo a déclaré "il n'est pas normal qu'aujourd'hui le parlement soit composé à 82% d'hommes" et dans laquelle on a en immense majorité de "blancs" (je met le terme entre guillemets parce qu'un "blanc", cela n'a pas plus d'existence qu'un "noir"... mon père, Andalou, se faisait traiter de "nègre" en Castille). Que révèle un tel propos ? Tout simplement l'un de ces glissements sémantiques organisé (pour ceux qui n'y voient qu'un hasard ou qu'une adaptation naturelle aux réalités actuelles, je renvoie aux glissements sémantiques opérés siemment et de manière cohérente et organisée dans le passé, tels que les mots "république", "syndicat", "organisation", "démocrate", "populiste", "intégration", etc.). Ici, le passage de "représentants" à "représentatifs".

Depuis quand nos représentants doivent-ils être représentatifs de ce que nous sommes ?

Le représentant est le mandaté de la Nation (une chose qui m'énerve singulièrement est l'habitude qu'ont prit les journalistes de parler de "député de Seine-et-Marne", "de l'Yonne", et autres... Un député, c'est un député de la Nation. Si l'on veut être plus précis, on pourra parler de "député élu dans la troisième circonscription des Pyrénnés Atlantiques"). Son rôle, ce pour quoi il est élu - c'est-à-dire mandé par le peuple -, est la défense des intérêts du peuple, la garantie des droits civils ("droits de l'homme en société") et naturels ("droit impréscriptibles et inaliénables de la personne humaine") des citoyens, ainsi que la défense du "bien commun" (res publica en bon latin). Son rôle n'est pas de représenter la société, ni le corps des citoyens, mais d'en représenter les intérêts. Le fait de savoir en quoi consistent ces intérêts étant plutôt du ressort du subjectif et largement sujet à caution (nous sommes humains, donc sujets à de constantes erreurs), il est normal que des divergences de vues existent, ce qui explique l'existence de différents partis.
Mais depuis les années 1970 et la culture du "droit à la différence" (conception abscone ayant remplacé le "droit à l'existence" de MM. Mirabeau et Robespierre - comme quoi même entre deux hommes que tout oppose, on peut trouver des points de convergence -, issue au départ des milieux gauchistes et ayant infesté telle une galle tout le spectre politique, au point que dans bien des pays, l'argumentaire de l'extrême-droite racialiste se base dessus), on a commencé à vouloir changer le rôle dévolu à l'élu de la Nation. On en a voulu faire un porte-étendart représentatif du peuple. Expliquez-moi donc comment 577 députés et 343 sénateurs peuvent être représentatifs de plus de 42 millions d'électeurs inscrits ?

Cette conception nous vient (comme la plupart des conceptions pourries de ces quarante dernières années, d'ailleurs) des États Unis d'Amérique. Elle y a surgit, fort logiquement, du fait de la communautarisation de la société, ainsi que de la perte du sens du politique (même si je ne nie pas les qualités de MM. Kennedy, Johnson, Nixon, Carter, Reggean, Bush, Clinton, Bush et Obama, mais il n'empêche qu'ils ont tout de même été surtout élu pour ce qu'ils étaient plutôt que pour ce qu'ils proposaient). Et quelque part, elle y était nécessaire, pour maintenir la cohésion du pays et empêcher qu'il y ai un "état des noirs", un "état des blancs", un "état des latinos", un "état des asiatiques", etc.
Mais en France, quelle abberation !
Son importation est surtout, à mon sens, due à une perspective électoraliste. C'est tout particulièrement le vide politique qu'elle permettait qui a séduit nos élites politiques. Ainsi, un prétendant à une élection pouvait arguer pour devenir représentant de sa proximité avec le peuple. Proximité de manières, d'us et de coutumes comme cela se faisait bien auparavant, mais aussi proximité "de nature", "d'essence" (il est d'ailleurs amusant de constater que ce sont notamment Jean-Paul Sartre et ses émules, existentialistes proclamés, qui sont responsables pour une large part de l'introduction de cette réduction éssentialiste). Bref, c'est plutôt à mon avis l'impact psychologique d'une telle vision des choses qui a conduit à son adoption de plus en plus effrenée. Ca et puis peut-être, déjà, un soucis de cacher la trahison des mandatés, que l'on a transformé en "dirigeants" et dont on a omis qu'ils étaient surtout là pour servir notre intérêt à nous, citoyens.

De là, la ridicule loi sur la parité électorale.
De là, bientôt, peut-être, les futurs quotas de "minorités visibles" (par opposition à la "majorité invisible", surement) dans nos assemblées.

C'est surtout cela qui est scandaleux.

Publié dans Mots d'humeur

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