Clotilde Reiss libérée !

Publié le par Brath-z

Je me réjouis, bien sur, de la libération de notre compatriote Clotilde Reiss. Au terme de négociations fructueuses quoique difficiles, la France a obtenu la libération et le rappatriement de la jeune femme accusée par la justice iranienne d'espionnage. La diplomatie française avait déjà obtenu qu'elle ne soit pas détenue en prison (où elle a passé un mois et demi : du premier juillet au seize août 2009).

Bien évidemment, comme toujours dans ces cas-là, cette libération résulte plus d'un accord entre nations souveraines que d'une décision judiciaire. Selon le Canard Enchaîné, Ali Vakali Rad, condamné en France pour l'assassinat de Shapour Bakhtiar en 1991 et arrivé au bout de sa peine de sûreté de dix-huit ans, aurait été libéré à titre de contrepartie à la libération de Clotilde Reiss. D'autres évoquent en sus le payement d'une somme allant de 10 000 à 750 000 euros pour cette libération.

 

Rien que de très normal. Les tartuffes choqués de cette négociation devraient savoir que, dans cette affaire, la France s'en tire à bon compte. Car il n'y a semble-t-il pas eu d'enquête approfondie de la part de la justice iranienne.

 

Alors oui, bien sur, en France, tout le monde et tous les médias clament haut et fort l'innocence de la jeune lectrice amoureuse de culture persanne. Certains même l'ont élevée au rang d'icône de la résistance à l'ignoble régime du tyrannique Mahmoud Ahmadinedjad (dont les pouvoirs sont, en matière de justice, nuls), un genre de participation française à la résistance héroïque de la jeunesse des beaux quartiers de Téhéran d'Iran. Cependant, de fortes présomptions pèsent sur la véracité de cette innocence.

 

D'abord, un ancien sous-chef de la DGSE (Direction Générale des Services Extérieurs, le service d'espionnage français, plus efficace et discret que ses homologues amérique-uniens qui fonctionnent éssentiellement à la rétention d'information, si j'ai bien compris) a affirmé que la jeune fille était une espionne. Bon, là, j'avoue ma perplexité. Qu'un homme d'état ruine la couverture d'un agent capturé me sidère. Et puis, si Clotilde Reiss travaillait pour la DGSE, c'était bien sur au titre d' "agent dormant" ou de "collecteur civil", autrement dit une personne non intégrée dans la structure, issue de la société civile, qui donne des informations en échange d'avantages ou bien attend qu'un jour, la DGSE ai besoin d'elle. En Iran, il y a plusieurs dizaines de millions d'habitants, et plusieurs centaines de sites d'investigation sérieux. De plus, l'Iran est un pays qui présente des enjeux particulièrement importants pour l'espionnage et le contre-espionnage français (nous avons d'ailleurs eu à plusieurs reprises maille à partir avec les leurs, qui sont très efficaces). Vous imaginez le nombre d' "agents dormants" et de "collecteurs civils" français que peut receller ce pays ? Plusieurs centaines, à tout le moins. Alors bon, je pense que même un ancien sous-chef de la DGSE ne pourrait guère se souvenir que Mlle Reiss en fait partie.

 

Mais, en revanche, il peut penser, comme moi, que c'est une hypothèse crédible. En effet, la DGSE est particulièrement réputée pour sa capacité à utiliser discrètement les ambassades de France pour la collecte d'informations au travers d'un réseau particulièrement dense et exemplaire de para-agents, des civils recrutés parfois ponctuellement pour fournir ces informations précieuses. A part peut-être la Chine et Israël, aucun autre service de renseignement extérieur utilise avec autant d'éfficacité ces outils, développés et rationalisés "à la dure" lors des guerres de décolonisation et des conflits en Afrique et Asie.

Clotilde Reiss correspond parfaitement au profil recherché par nos services pour nous fournir des renseignements, particulièrement lorsque notre ambassade est surveillée étroitement comme c'est le cas depuis juillet 2009. Fille d'un ancien employé du CEA, elle peut en plus avoir noué des liens avec nos services comme avec d'autres services, ce qui en ferait alors une perle rare, capable peut-être de pratiquer l' "intoxication" en fournissant à d'éventuels contacts dans des services étrangers des informations falsifiées.

De plus, elle est bilingue français/farsi, maîtrise les coutumes locales et a effectué plusieurs séjours sur place avant 2009. Autant d'avantages.

Enfin, son lieu de travail est situé non loin d'un présumé site "discret" (c'est-à-dire qui cache plus que ce qu'il est officiellement) consacré au développement du nucléaire civil iranien (sujet sur lequel elle a par ailleurs rédigé un mémoire pour le CEA, ce qui ne veut rien dire).

 

Bref, un candidat idéal.

 

Connaissant l'efficacité des services de renseignement iraniens sur leur propre territoire, il est certain qu'ils n'auraient pas donné leur aval à l'arrestation de la jeune femme s'ils n'avaient eu de grands doutes sur sa qualité de "simple travailleuse étrangère" comme la qualifiait le Monde. Dès lors, sachant qu'à peu près n'importe quel quidam avait accès à ces informations troublantes sur Mlle Reiss, il eut à mon avis mieux valu que la presse française n'assure pas à corps et à cris l'innocence de la jeune femme. Que l'on soutienne sa libération, cela va de soi. Mais qu'on estime les services secrets iraniens incapables d'évaluer correctement un profil de "source" potentielle, voilà qui est malvenu.

 

Fort heureusement, tout cela est fini.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Publié dans Géopolitique

Commenter cet article