Bagatelles pour une algarade

Publié le par Brath-z

Après en avoir entendu parler à la télévision, à la radio, dans les journaux, sur Internet, j'ai finalement vu la fameuse vidéo de Jean-Luc Mélenchon s'en prenant à un étudiant en journalisme de l'école de Sciences Politiques. Vu ce qui en étais dit, je m'attendais à des vociférations, à des hurlements baveux, à des propos indignes et à des insultes infâmes.

 

Et bien en fait de scandale, j'ai vu ça :

 

 

 

 

Alors bon, peut-être qu'à force de dégoiser à tout va sur le bas niveau général de la profession journalistique, sur l'absence de recul et de pertinence des analyses présentes dans les journaux (cela fait longtemps qu'il n'y en a plus à la télévision ; j'ai eu la surprise de constater qu'il y en avait encore à la radio, je conseille notamment à ma dizaine de lecteurs quotidiens d'écouter France Info et France Culture) j'ai finit par aquérir vis-à-vis des journaleux (comme je dis de manière dépréciative et bien que j'apprécie le travail de certains d'entre eux, forts bons analystes et connaisseurs de leurs sujets, notamment M. de Boissieu que je cite sans arrêt) une certaine intolérance épidermique, mais je ne considère nullement ces propos comme choquants. Bon, certes, ils sont grossiers, mais on ne peut pas toujours être policé, et puis Jean-Luc Mélenchon est une tête de bois qui, contrairement à feu Georges Marchais auquel je l'entend souvent comparé, n'hésite pas à employer un vocabulaire ordurier.

Mais en tous cas, je ne vois pas en quoi qualifier les journalistes de "sale corporation de voyeuristes vendeurs de papiers" est spécialement infâmant. Cela me semble être l'opinion, certes exprimée en termes outranciers, que se doit d'avoir tout honnête homme sur la corporation journalistique. Parce qu'il y a des effets de système et que si la profession journalistique est emplie de personnes fort capables, la manie venue des pays nordiques et saxons (la perfide Albion, tout ça) qui consiste à chercher le sensationnel à tout prix au détriment du devoir d'information (qu'on ne me sorte pas que "ça a toujours été comme ça", c'est faux : il suffit de lire la "presse caniveau" des années 1960 pour y lire des analyses bien plus fines et pertinentes que dans nos journaux de référence actuels : un numéro de Ici Paris de 1955, bien que traitant de trivialités sur un ton très léger, contient plus de substance qu'un numéro du Monde post-éléctoral des années 2000...) pourrie tout cela et change ce milieu en un marais bien peu ragoûtant. Alors, fort heureusement, cela peut changer, mais pour l'instant, c'est ça.

Je passe mon temps à critiquer Marianne, je déplore la perte de sens et l'accent mit sur la psychologie et le sensationnel qui s'y inscrivent, mais j'en reste un abonné car les rares fois où il m'arrive de lire d'autres journaux, qu'ils soient quotidiens ou hebdomadaires, la situation est bien pire.

 

Pour ceux et celles qui s'intéressent à mes préférences, je conseille de lire :

- le Figaro pour ses analyses en politique étrangère (ommettre toutefois les analyses sur les pays d'Amérique latine et la Russie, où le parti-prit idéologique conduit à des conclusions abbérantes)

- Marianne pour ses dossiers politiques

- La Croix pour les articles de Laurent de Boissieu et les (rares) articles consacrés à la doctrine sociale de l'Église, sujet assez peu évoqué dans les autres médias et quasi absent de notre scène politique

- Le Canard Enchaîné pour les ragots et autres marivaudages de nos puissants

- Flash (journal d'"extrême-droite" nationaliste, socialiste et iconoclaste, sur abonnement uniquement) pour l'anti bloc-note d'Alain Soral et les divagations de Philippe Randa

- L'Humanité si vous voulez des nouvelles du PCF et des luttes sociales

- Le Monde Libertaire si vous voulez vous entraîner à corriger des fautes d'orthographe et rigoler un bon coup

 

Bref, tout ça pour dire que je ne trouve pas la réaction de Jean-Luc Mélenchon disproportionnée et qu'elle me semble correspondre peu ou prou à celle qu'aurait eu, dans la même situation, un français moyen.

Publié dans Mon opinion

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Brath-z 11/05/2010 16:45


Adrien > Vous avez tout à fait raison, je n'ai pas évoqué les raisons qui ont poussé à une telle baisse de niveau dans la presse écrite. C'est qu'il y en a tellement que je ne saurais où donner
de la tête. Une, néanmoins, rarement mentionnée : l'erreur commise par l'ensemble des groupes de presse de vouloir fonctionner comme dans les pays où la tradition de la presse écrite est plus
inscrite dans les mœurs comme en Angleterre ou en Italie. Même du temps où la France compta brièvement plus de 100 titres nationaux et plus de 3000 titres régionaux, la période 1790-1797, pendant
laquelle le mot d'ordre concernant la presse fut "ce qui est fait doit être dit", les journaux atteignirent difficilement les dix millions de ventes sur plus de vingt-cinq millions d'habitants.
En Angleterre, The Sun dépasse les 300 000 abonnés et le million de ventes. Même la presse hebdomadaire française a mit un pied dans ce marigot.

Sinon, concernant les revues confidentielles, j'avoue n'en peut connaître. Rivarol de nom seulement, et j'étais tombé une fois chez un ami sympathisant FN tendance "national-révolutionnaire" (avec
portrait de Khomeiny dans son salon) sur un numéro de Résistance, la revue de voxnr... ça ne m'avait pas semblé vraiment voler haut...

Mais ceci-dit, il ne faut pas exagérer le consensus du contenu. On peut encore distinguer facilement la ligne de l'Humanité de celles du Figaro ou de l'Express. Par contre, quand je tombe sur un
article du Monde, de Libération ou du Nouvel Observateur, je me dis que ces journaux sont parfaitement interchangeables, tous sur la même ligne. Est-ce que les journalistes eux-mêmes le sont ?
Mystère, mais en tous cas ils réagissent en corporation, ce qui est justifiable, mais en corporation intouchable, ce qui l'est moins.


Adrien 02/05/2010 21:03


Bonjour ravi de vous voir de retour sur la blogosphère
Je vais essayer d'être bref tout en évoquant quelques notions complexes.
Si votre constat est bon bien que peu nuancé (on peut en effet trouver des articles intéressants dans n'importe quels journaux, vous n'évoquez pas les causes qui ont amené à ce nivellement de la
presse écrite et donc à la chute de ses ventes.
Ne pensez vous pas que le règne de l'instant, de la médiocrité et de la demande dissuadent lecteur devenu consammateur de prendre le temps d'avoir dans un journal ce qu'il peut avoir tout de suite
avec une télévision. Et puisque ce qui dirige la télévision, le fric, a en faisant du consommateur le roi vidé le peuple, l'individu... de sens et détourné les gens de l'essentiel. C'est évident et
c'est analyse classique. Ce qui conduit à une baisse des moyens disponibles, à la disparation de la diversité des quotidiens... et au final à une presse de piètre qualité.
Mais ne pensez vous pas que la presse a péché en ne réfléchissant pas à tout ça. Ne s'est elle pas laissé baillailler par le vent de l'histoire parce qu'elle n'a pas opposé de résistance ? En
recopiant ce qui se faisait ailleurs, la presse est devenu indigeste, consensuel, les rédactions se contentent aujourd'hui de recopier les dépêches de l'AFP. C'est pas séreux, la presse avant était
d'une incroyable violence mais gardait une profondeur d'analyse certaine, vous avez tout à fait raison. Aujourd'hui les journalistes se débattent gentille ment de choses sur lesquelles ils sont
d'accord, tout juste divergent ils sur les moyens.
Il faudrait faire émerger deux quotidiens qui dans la situation actuelle pourraient se compléter à merveille. Un quotidien de gauche nationale, républicain, laïque et social qui se ferait sur le
modèle d'auteurs comme Marc BLoch ou d'autres (peut être pouvez vous m'en citer) et un grand journal plus conservateur, traditionnel, catholique et contre révolutionnaire pourquoi pas sur le
modelel de l'action française. Aujourd'hui nous n'avons ni l'un, ni l'autre. Il y a tout juste quelques revues confidentielles, trés bonnes pour la plupart mais peu diffusés. Je constate d'ailleurs
que mis à part flach, vous ne citez pas tellement de bonnes revues comme la NRh, élément, rivarol, monde et vie et j'en oublie des quantités. Vous ne parlez pas non plus de la presse économique
c'est bien dommage, c'est une très bonne presse à mon sens. LA gauche radical manque aussi de bonnes revues, c'est bien dommage.
Enfin tout ça pour dire que malheureusement le journalistes deviennent à l'image du reste de la société, ils défendent leurs intérêts de confession, de communauté et en l'occurrence de corporation.
Il y aurait il un repli communautaire des journalistes ?