Modeste théorie de géographie politique, deuxième partie : le positionnement dynamique

Publié le par Brath-z

Bon, comme promis dans cette note, voici la suite de ma fantabuleuse modeste théorie de géographie politique. Aujourd'hui, le positionnement dynamique.

 

Même s'il existe un positionnement ("conservateur") et une idéologie (le "conservatisme") qui proviennent de la racine éthymologique du terme "conservation", aucun mouvement politique ne se définie comme partisan d'une conservation totale et absolue de l'ordre établi, sans la moindre évolution. De fait, si le conservatisme prétend conserver les valeurs anciennes (famille, autorité, hiérarchie, etc.), il ne prétend pas pour autant imposer un ordre figé et non soumis aux évolutions du temps.

Par ailleurs un tel positionnement serait plutôt qualifié d' "immobiliste" (épithète souvent attribuée à leurs adversaires par les politiciens).

Le camp "conservateur" (dans le sens de défenseur de l'ordre actuel et de sa préservation) n'est pas du tout opposé à une évolution dans un sens ou dans l'autre, dès lors que les fondamentaux sociaux, économiques et institutionnels sont conservés. Reste donc le sociétal, sur lequel le débat peut être extrêmement large (droits des homosexuels, droits des femmes, discrimination raciale ou religieuse - une petite dimension sociale ici, tout de même -, politique d'aménagement de l'économie, etc.). Les conservateurs (ici entendu comme mouvements ou personnes favorables à la conservation du système politique du moment, pas des partisans du conservatisme) ont donc ceci de particulier qu'ils peuvent en apparence se déchirer âprement entre eux sur des sujets dits "de société" auxquels ils attribuent une place accrue par rapport aux sujets sociaux et économiques (qui restent tout de même les attributs caractéristiques du système de production, l'institutionnel qualifiant plutôt un mode de gouvernance), mais faire front dès qu'il est possible face, au choix, aux progressistes ou aux réactionnaires.

Il y a bien une unité, une cohérence idéologique, dans le camp conservateur, dimension totalement absente des camps progressiste et réactionnaire, où il ne peut guère qu'y avoir hégémonie d'un groupe idéologiquement orienté sur pléthore d'autres (les marxistes chez les progressistes jusqu'à aujourd'hui, les royalistes chez les réactionnaires jusqu'aux années 1920, les nationalistes depuis).

 

Cependant, paradoxalement, les conservateurs mènent le plus souvent des politiques sociale et économique, voire institutionnelle, à la fois énergique et affirmée. C'est que le système du moment, qu'ils défendent, met parfois un temps considérable à se mettre en place sur les ruines du précédent (la société de consommation ultra-libérale a mit près de trente ans à se construire sur les ruines du capitalisme industriel patriarcal et encore son hégémonie est-elle vacillante), et il faut le consolider et l'ancrer dans le marbre, tout en préservant en apparence le système institutionnel (mais en en changeant considérablement la pratique) dans le cas où une révolution n'a pas eu lieu (à ce sujet, je développerai ultérieurement mon opinion, mais sachez que je considère les révolutions non comme les "locomotives de l'histoire" de Marx mais plutôt comme des parachèvements institutionnels, des officialisations, de changements bien plus anciens, quelques fois plusieurs siècles). C'est ainsi que les appels à la "réforme", à la "rupture", au "changement" sont la plupart du temps de vigoureux appels à la poursuite du système.

Ainsi, les références politiques, historiques et idéologiques changent, ou bien elles se trouvent dénuées de leur sens (quel est le rapport entre les socialistes d'aujourd'hui et l'idéologie de Leroux ? et celui entre la politique du général de Gaulle et celles menées par les "gaullistes" - qu'il veut mieux nommer "néo-gaullistes" - ?), mais le positionnement demeure. C'est là une belle illustration du proverbe qui veut qu' "il faut parfois que tout change pour que rien ne change". A terme, plus rien de commun entre les conservateurs "des débuts" et ceux "de la fin" ne peut être détecté, et pourtant les uns comme les autres ont défendu les mêmes intérêts, les mêmes politiques, le même ordre du monde.

 

Le positionnement "conservateur" résulte donc d'une dynamique. Celle de la poursuite de l'instauration d'un système économico-social.

 

Par ailleurs, les conservateurs, quelles que soient leurs divergences sur les questions sociétales et de gestion, puisqu'ils sont généralement les plus nombreux et/ou les détenteurs du pouvoir politique (le système qu'ils mettent en place et maintiennent comprenant sa propre préservation, dont la condition sine qua non est la domination par les conservateurs), n'hésitent pas à investir l'ordre économico-social dès lors qu'ils se trouvent en face de progressistes ou de réactionnaires. Ce faisant l'orientation idéologique du système en place se révèle (la légende politique colportée étant celle d'un système non-intrinsèquement orienté et adaptable à la plupart des idéologies, ce qui ne rend pas une réforme profonde nécessaire...), d'où l'intérêt bien compris de ne débattre qu'entre personnes d'accord entre elles sur les questions les plus importantes. Consciemment* ou non les principales idéologies progressiste et réactionnaire s'imprègnent de thèmes et/ou de modes de pensée propres aux conservateurs, soit pour les "combattre sur leur propre terrain", soit parce qu'il faut bien trouver quelqu'un avec qui discuter d'une éventuelle cogestion. Cette influence est déterminante dans l'évolution du positionnement géographique des deux camps du mouvement. En effet, à force d'appropriations du corpus idéologique de l'ordre, les mouvances fortes du mouvement se retrouvent à faire de la compromission sur des sujets essentiels (les socialistes adoptant l'économie de marché, les gaullistes acceptant la fin du dirigisme économique, les nationalistes acceptant le régionalisme, les révolutionnaires acceptant un changement par la réforme, etc.), et se retrouvent bien souvent décrédibilisées aux yeux de certains qui les ont suivies, lesquels quelquefois montent de nouvelles structures concurrentes qui s'opposent aux "traîtres" au lieu de combattre leurs adversaires structurels. Bien souvent, mais ce n'est pas obligatoire, ce processus d'absorption de certaines tendances idéologiques du mouvement par l'ordre se solde par de grandes déconvenues électorales.

Il est à noter que si les "absorptions" idéologiques se font aussi bien du côté des progressistes que de celui des réactionnaires (il suffit pour s'en convaincre d'observer le passage d'une partie des souverainistes du côté de la défense de l'économie de marché intégrale), c'est quasi-systématiquement vers ces derniers que les anciens conservateurs se tournent lorsqu'ils entrent en rupture de ban (ce qui arrive avec les courants et personnes les plus idéologiquement marquées).

 

Les positionnements progressiste et réactionnaire résultent donc d'une dynamique. Celle de l'intégration des idées conservatrices (action) et du repli idéologique sur des bases "fondamentalement pures" (réaction).

 

Dans un prochain article j'aborderai l'idéologie du progrès humain. Et peut-être le conservatisme et la réaction, bien qu'ils aient eu une bien moindre influence sur le débat politique français.


* : à ceux et celles qui se demandent s'il y a vraiment des influences conscientes des mouvances du mouvement par les conservateurs, je leur conseille de chercher des informations sur une certaine Fondation Saint-Simon, aujourd'hui disparue et qui n'a de Saint-Simonienne que le nom.

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