Chantage à l'européenne

Publié le par Brath-z

Vous avez bien entendu tous entendu parler du fameux Traité de Lisbonne censé, en cas de ratification par les 27 pays membres de l'UE, remplacer le Traité de Nice, et qui reprend pour l'essentiel les parties 1 et 2 du non moins fameux traité constitutionnel européen rejeté en 2005 par les peuples français et néérlandais.

En sus d'avoir été ratifié cette fois-ci au niveau parlementaire et malgré de vives oppositions de la part de mouvements politiques et de comités de citoyens, qui réclamaient la plupart du temps un recours au référendum, dans la plupart des pays d'Europe (24 l'ont ratifié, ne restent que l'Irlande, l'Allemagne et la Pologne), ce texe a être reproposé bientôt au peuple irlandais, qui l'avait déjà rejeté par voie référendaire.
Outre un procédé des plus douteux (lorsqu'un peuple vote "non" à un texte auquel les élites politiques et économiques sont favorables, on le fait revoter jusqu'à avoir un "oui") et des cris d'orfraie bien peu démocratiques de certains (Marianne avait à l'époque signalé le scandale bien peu démocratique lancé par un parlementaire irlandais, lequel assurait que le gouvernement irlandais avait trompé l'UE en assurant devoir recourir au référendum pour ratifier le traité de Lisbonne alors qu'aucune disposition de la constitution n'en empêchait la ratification par le parlement), voila qu'on apprend que le président réélu de la commission européenne, M. Barroso, fait rien de moins que chanter l'Irlande sur sa représentation à la commission !

Jugez plutôt sur pièce.

N'est-ce pas là grand et beau ?

Qui plus est, je ne vois pas trop pour quelle raison on devrait réduire le nombre de commissaires européens. Cette disposition, conscéquence du Traité de Nice qui veut qu'une fois parvenu à 27 membres on réduise le nombre de commissaire à 18 (théoriquement, la commission européenne est supranationale ; une telle mesure n'est donc pas censée changer les rapports de force entre états membres), était en fait repoussée à 2014, comme l'atteste une note de l'année dernière sur le blog de Noëlle Lenoir, donc ou bien Barroso bluffe (ce qui m'étonnerait) ou bien on nous a repiqué une nouvelle mesure allant dans le sens de la réduction du nombre de commissaires sans nous en avertir (du reste, il est vrai que la communication à l'égard des institutions européennes est assez maladroite et opaque).

Donc je résume la situation : le seul peuple consulté ayant rejeté un traité reprenant les grandes lignes (moins les réformes d'intégration économiques, du reste déjà appliquée par divers décrets mineurs) du traité constitutionnel européen - lui-même auparavant rejeté par les deux seuls peuples consultés, les Français et les Néérlandais -, il a été décidé de le faire revoter afin qu'il l'accepte. Seulement, en plus d'avoir diabolisé ce vote (on attend encore l'explosion de l'Europe annoncée par le Nouvel Observateur) avec des arguments fallacieux et totalement antidémocratiques (qui confirment bien le caractère bureaucratique de la construction européenne actuelle), voila qu'une pression supplémentaire est apposée à quelques semaines du scrutin : si les Irlandais votent "non" à ce deuxième référendum, la représentation de l'Irlande au sein de la commission européenne en serait grandement compromise. Au passage, on peut noter que le président de la commission lui-même confirme que la commission n'est pas une entité supranationale mais le résultat d'un équilibre des forces entre états membres. On pourra trouver une raisonnance avec ce billet de Laurent de Boissieu.

Plus ça va, plus je me sens anti-UE.

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