La stratégie du "meilleur premier tour possible"

Publié le par Brath-z

Après cet article dans lequel je pointais du doigt la vraie/fausse ouverture pratiquée au gouvernement comme au sein de l'UMP, voici que cet article du Figaro confirme ce que je pensais : la stratégie de l'UMP est celle dite du meilleur premier tour possible.

Je l'avais indiqué en conclusion de mon article sur l'ouverture : "le but en est de faire de l'UMP, outre le premier parti de France, celui qui portera les meilleurs premiers tours possibles, au risque de perdre par défaut de réserves", dans le but caché de, peut-être, réussir des élections dès le premier tour, ou en tous cas de démoraliser suffisament la gauche pour remporter le pactole.

C'est cependant là un jeu assez dangereux. Le grand écart en politique est une figure très difficile à réaliser, et si elle n'est pas pérénisée par des résultats fulgurants, elle n'a que peu de chances de subsister au lendemain d'un scrutin. Après tout jamais la "coallition arc-en-ciel" du PT à l'UDF préconisée par Julien Dray durant l'entre-deux tours des élections présidentielles de 2007 n'a eu lieu, et il n'est pas pensable qu'elle se puisse produire à droite.
Par ailleurs, les formations du PS en 1971 et de l'UMP en 2002 avaient vocation à créer des "rouleaux compresseurs électoraux" rassemblant 40% des suffrages (ce qui n'est jamais arrivé sauf en 1974, et encore aura-t-il fallu une candidature unique PS-PCF pour y parvenir) dès le premier tour et garantissant l'obtention du poste présidentiel. La stratégie suivie (élargissement de l'UMP par phagocytage de mouvements politiques et clubs et par assujétion de pôles à peine indépendants) n'est cependant pas identique, car elle a ceci de particulier qu'elle est totalement politicienne, en ce sens qu'elle ne tient pas compte des disparités idéologiques.

Le but de l'UMP (alors Union pour la Majorité Présidentielle) était de fournir à Jacques Chirac une large marge de manoeuvre après son triomphal second tour à 82,21% face à Jean-Marie Lepen, probablement pour éviter une cohabitation après la parenthèse Jospin de 1997 à 2002. En concéquence, elle a été concue par Alain Juppée comme l'union de tous les mouvements et partis qui pourraient apporter leur soutien à la politique suivie par Jacques Chirac et le gouvernement de son premier ministre. Le souhait prononcé alors par François Bayrou (candidat UDF, 6,84% au premier tour) de voir la majorité étendue à la gauche parlementaire n'entrait pas dans la stratégie de construction de l'UMP, qui se voulait rassemblement de la droite parlementaire plutôt qu'union nationale.

Les voies défendues par MM. Juppée et Bayrou étaient toutes deux orientées idéologiquement. Le premier voulait un parti monolithique de la droite, l'autre un "bloc républicain" qui s'opposerait aussi bien à l'extrême droite qu'à l'extrême gauche (vision politique amusante en ce sens qu'elle redonne sens à un affrontement ordre/mouvement décrit dans cette note), mais aucun n'envisageait un rassemblement qui ne soit pas fondé sur un socle idéologique commun. Or c'est très précisément ce qui est actuellement tenté à l'UMP. On a déjà pu constater que l'introduction de personnalités "de gauche" au gouvernement n'avait en rien inflechi la ligne gouvernementale. Il y a fort à parier qu'à part quelques déclarations de principe et quelques engagements à la marge, histoire de ne pas trop frustrer les nouveaux venus, les "alliances" des mouvements du comité de liaison de l'UMP (la Gauche Moderne, le Mouvement Pour la France, le Parti Chrétien Démocrate, le club Les Progressistes, et peut-être le mouvement Chasse Pêche Nature Traditions) avec l'UMP seront purement électoralistes.

Déjà on avait pu assister ces dernières années à des alliances et des rassemblement assez surprenants, dont la création d'Europe Ecologie (qualifiée de "mariage de la carpe et du lapin" par Eric Zemmour) n'est pas la moindre, mais encore dans les principes y avait-il rassemblement autour d'un objectif idéologique. Là, l'objectif semble être "bloquer la route de la gauche et conserver le pouvoir". Un but exclusivement tactique. A ce titre, tous les rapprochements sont envisageables, y compris avec les Verts et, pourquoi pas ?, le Front National, voire les groupes identitaires. "Tout devient possible" puisque ces rassemblements n'ont aucune vocation idéologique, puisque les idées portées n'entrent pas en ligne de compte.

L'avenir de la France ?

Alors evidemment, un rapprochement qui irait du FN aux Verts paraît assez peu probable, et n'est probablement pas l'objectif sur le court ou moyen terme (et le long terme est comme d'habitude totalement ignoré), mais en tous cas les portes sont ouvertes. Si cette stratégie rencontre un quelconque succès, il est à craindre qu'à terme le discours politique soit totalement vidé de tout intérêt et qu'on n'ai plus le choix qu'entre "blanc bonnet et bonnet blanc" pour reprendre le mot de Jacques Duclos à propos du second tour Pompidou/Poher de 1969.

Publié dans Politique

Commenter cet article